Une seconde vie pour les invendus – Entretien avec Phenix

Magie des réseaux sociaux, c’est sur Twitter que la rencontre s’est faite avec Phenix, jeune start-up parisienne (et bretonne via sa petite sœur Breizh Phenix) qui a su, en l’espace de quelques mois, mobiliser aussi bien la grande distribution que les acteurs de l’événementiel autour d’un thème essentiel à nos yeux : la seconde vie des produits.

Jean Moreau, co-fondateur, nous a sympathiquement ouvert les portes…

Evoleos : Peux-tu, en quelques mots, nous présenter Phénix ?

Nous sommes lancés dans ces activités d’économie circulaire il y a un peu plus de deux ans, et depuis mars 2014 sous le nom de Phenix. Actuellement, nous sommes une équipe de sept personnes à Paris et trois personnes sur l’antenne de Rennes que nous avons ouverte au mois de juillet.

affiche phenix recupNotre cœur de métier est initialement la récupération des invendus de la grande distribution. Nous proposons un accompagnement quotidien dans la gestion des produits qui sont envoyés à la poubelle, principalement l’alimentaire, tout en développant un réseau de partenaires associatifs pour faire en sorte qu’il y ait tous les jours des preneurs pour les excédents.

Notre ligne de conduite est  : « faire en sorte que les produits qui partent à la poubelle deviennent l’exception et que la deuxième vie des produits deviennent la règle ».

Au-delà de notre activité qui tourne à 80% autour du don, nous travaillons également sur des projets de réemploi du mobilier et du matériel informatique lors, par exemple, de déménagements de bureaux.

Comment s’est passée l’ouverture de votre activité à l’événementiel ?

Dans un premier temps nous avons été contactés directement par des traiteurs pour des concerts, des matchs de football, des salons. Aujourd’hui, nous recevons des demandes directement de la part des organisateurs (agences, festivals…).

Pour l’évènementiel, la problématique est souvent la même : un traiteur reçoit une commande de 300 plateaux repas et une demi-heure avant le service, voire pendant, il apprend qu’il n’y aura plus que 220 couverts. Que faire alors des 80 plateaux repas qui vont lui rester sur les bras ?

seconde vie invendus PhenixNotre proposition est la suivante :

  •  En amont, former tout le personnel à la gestion de ces imprévus,
  •  Trouver, grâce à notre réseau, l’association qui sera en mesure de récupérer les surplus dans les deux heures pour une redistribution dans la foulée, plutôt que de les envoyer à la poubelle.

Quel est votre modèle économique ?

Notre fonctionnement est assez simple, nous touchons une commission versée par le client  « donneur » sur la revalorisation des produits destinés à la destruction. Notre service est en revanche totalement gratuit pour les associations « réceptrices ». Ce que nous leur demandons, c’est d’être autonomes d’un point de vue logistique (d’avoir un chauffeur et un camion pour venir collecter les produits).

Pour le donneur, l’intérêt au-delà de la dimension sociale et environnementale est double : s’il envoie ses invendus à la poubelle cela va générer un certain nombre de coûts (transport, destruction, incinération, éco-taxes…) et des contraintes logistiques. Phenix va faire en sorte de faire disparaître ces charges. Dans un second temps, grâce à ce don à une association d’intérêt général ou d’utilité publique, le donneur pourra bénéficier d’une réduction fiscale correspondant à 60% de la valeur en stock de la marchandise.

Notre commission varie selon la taille du client et la complexité de la mission. Dans l’absolu le coût est nul pour le client, au contraire cette revalorisation va lui permettre de faire des économies, sur laquelle nous nous rémunérons au titre de notre commission au succès.

En prenant connaissance de votre activité, on pourrait s’interroger sur l’intérêt de votre intermédiation ? Quelle est la plus-value de se tourner vers vous plutôt que de s’adresser directement à une association ?

affiche phenix recup 2Nous défendons cette intermédiation comme un métier à part entière. Pour un hypermarché comme pour un traiteur, le métier est de vendre et non pas de donner, et sauf exception, il ne souhaitera pas mobiliser des ressources sur la question des invendus.
Notre force est d’être présent au quotidien sur le terrain, comme tiers de confiance, pour former les équipes à la récupération, organiser la collecte et gérer toutes les frictions opérationnelles qui peuvent surgir dans les relations entre les deux univers, prendre enfin en charge tout l’administratif lié aux dons (conventions de partenariat, décharge de responsabilité, reçus fiscaux, bons de commande et bons de livraisons, traçabilité, données consolidées, …) ainsi que la communication.

Sur les évènements, nous collaborons avec les autres prestataires notamment sur la réalisation des bilans carbone en fournissant un suivi des marchandises redistribuées ou réutilisées.

Nous avons également une demande de la part de festivals, qui est de trouver, en amont, du matériel de récupération pour permettre une diminution du coût des matériaux tout en favorisant le réemploi. Et bien sûr après l’évènement, de permettre si possible, de leur donner une nouvelle vie. Sur Rock en Seine par exemple, nous avons réussi à redonner les moquettes, palettes et cotons à une association.

Phenix - We Love Green recup

Réalisation issue d’un réemploi de palettes

Quels sont vos clients ?

Pour la grande distribution nous travaillons avec des magasins Leclerc, Auchan, METRO et Casino des régions parisienne et bretonne. Nous collaborons également avec des groupes comme l’Oréal sur leurs invendus et leur mobilier publicitaire, les centres d’affaires Regus, les agences Le Public Système, Neovent, Sagarmatha…

Coté festivals nous étions présents cet été sur We love green puis Rock-en-Seine. Nous sommes entrés en contact avec le Collectif des festivals bretons avec lesquels nous espérons pouvoir mettre en place une prochaine collaboration.

Quels est votre sentiment sur le marché ? Sur la filière des « invendus » ?

recuperation des invendusIl y a de plus en plus de demandes, ce qui est un bon signal pour notre activité. Après, étrangement, le problème se situe plus souvent au niveau des filières d’écoulement qu’au niveau des donateurs. Il y a beaucoup de personnes qui sont prêtes à jouer le jeu du don, mais hélas sur le non-alimentaire, il nous est déjà arrivé de ne pas trouver preneur pour certains types de produits ou parce que les associations en face n’étaient pas dimensionnées pour accueillir des volumes conséquents issus de gros acteurs.

Une autre tendance que nous avons rencontrée, c’est le souhait de donneurs de faire partir les marchandises vers des filières plus valorisantes que le simple recyclage. Certains clients sont quasiment déjà dans l’étape d’après où ils ont une préférence pour un réemploi plus visible ou plus valorisant de leurs produits avec un don envoyé soit vers une association à visibilité forte soit pour de la transformation artistique (upcycling) plutôt que vers les acteurs historiques du recyclage.

Pour terminer, quels sont vos projets ?

Nous souhaitons continuer à travailler avec la grande distribution sur l’alimentaire, cette activité est stable, notre proposition de valeur y est rodée et nous permet de nous développer. Notre ambition est clairement de passer à une échelle supérieure sur ce marché avec la mise en place de contrats-cadres. En parallèle, nous souhaitons continuer avec le secteur événementiel où, malgré des actions ponctuelles, nous avons une grosse demande. L’étape suivante pourrait se faire sur le web avec la mise en place d’une plateforme d’échanges interprofessionnels. Nous utilisons déjà cet outil en interne et souhaitons l’ouvrir pour optimiser l’intermédiation grâce à une base de données. Les projets et les envies ne manquent pas dans ce secteur de la « seconde vie » qui connaît une belle expansion. C’est une activité noble et enrichissante à laquelle l’équipe est fière de participer.

  phenix logo

Photos © Phénix

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2 réponses

  1. Maude Lamarche dit :

    Pensez-vous que ce modèle pourrait s’implanter outre-mer, au Québec par exemple?

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